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Néo-paganisme, une nouvelle branche de féminisme – Nina Molto

Depuis les cinquantes dernières années, de nouveaux groupes de croyances religieux ont été créées, se servant d’anciennes traditions païennes. La “Wicca”, religion formée par Gerald Gardner au début du 20ème siècle, représente l’un de ces groupes des plus populaires aujourd’hui, dans le monde occidental. Bien que cette religion soit relativement nouvelle, elle n’invente pas vraiment de nouveaux préceptes ; elle réutilise des croyances et traditions non-officielles, datant du 18ème siècle et d’avant, basées sur des rituels et l’utilisations de plantes. La Wicca est une religion aux croyances propres à elle-même (elle contient ses propres dieux et ses propres règles), qui utilise secondairement des pratiques telles que la magie ritualistique, le chamanisme, le druidisme. Il existe un grand nombre de groupes utilisant telles pratiques, qui ne s’identifient pas pour autant de “wiccans”. Ces groupes se rassemblent néanmoins sur un point : ils placent tous la nature, dans le sens global du terme, au centre de leur pratique. La Wicca, par exemple, se base sur les anciennes chronologies avant l’arrivée du calendrier romain : la “roue de l’année”, basée sur les cycles de la lune et du soleil, et rythmée par l’agriculture. Ce calendrier est composé de fêtes, toutes célébrant l’arrivée d’une nouvelle période dans la nature (par exemple, durant les équinoxes et solstices). 

Ces pratiques ont été portées et perpétuées par des mouvements féministes, des années 1970 jusqu’à aujourd’hui, dont le but est de se réapproprier des termes et idées utilisés de façon discriminatoire. Le terme de “sorcière” est connoté de façon extrêmement négative. Une sorcière est une personne, généralement d’identité féminine, malsaine et malfaisante. Elle est habituellement décrite comme étant “laide”, “répugnante”. Son but est de nuire à la population, pour des raisons viles et cupides. Les moyens qu’elle utilise pour arriver à ses fins sont obscurs et inconnus, ce qui s’additionne à la peur et au rejet que la société porte contre elle. La sorcière aujourd’hui représente un stéréotype absurde, une immonde et grossière caricature. Le terme “sorcière” est aussi utilisée en tant qu’insulte. C’est une critique proférée contre une femme supposément haineuse, hostile. Ce terme, utilisé de façon discriminatoire, témoigne d’une misyoginie profonde. Le mot “sorcière” proféré dans le cadre d’une insulte, non seulement utilise négligemment un terme dont l’historique est porteur de torture et de massacre, mais reproche également aux femmes ces siècles de traditions et de pratiques innées, qui ont aujourd’hui disparues. 

 En se caractérisant de “sorcières”, de nombreuses femmes d’aujourd’hui se dressent contre les centaines d’années de violence, de massacre de masse et d’ostracisme que cette identification a provoqué. En se réappropriant les croyances et le styles de vie de leurs ancêtres réprimées, esclavagisées et tuées à cause de leur art, ces femmes se re-connectent avec l’archétype de la femme primaire, libre, tels que nous l’étions avant ces siècles de répression. Ces mouvements reconnaissent la profondeur de la connection entre les femmes et la nature. Grâce à elles, nous nous rappelons petit à petit que nos cycles menstruels correspondent aux cycles de la lune, que nous possédons un rapport à la mort et à la vie qui va au-delà du niveau de conscience que nous pensions avoir. Clarissa Pinkola Estés, auteure américaine et psychanalyste jungienne, a fait le travail de regrouper d’anciens mythes et histoires, la plupart aujourd’hui perdus. A travers son livre “Femmes Qui Courent Avec les Loups”, elle reprends ces histoires venues de différentes parties du monde et trace les liens pré-existants entre elles. Elle nous rappelle que dans un temps ancien, c’étaient les femmes qui portaient oralement les histoires, et ainsi, portaient l’existence et l’essence de leur groupe. La première histoire que nous découvrons en ouvrant ce livre, celle que l’auteure a choisi pour introduction, est le mythe de “La Loba”. La Loba est une vieille femme, solitaire, qui vit dans le désert du Nord du Mexique. Presque personne ne peut témoigner l’avoir vue. En rassemblant les os et restes de créatures – principalement de loups – et de par la danse et le chant, elle a le pouvoir de ressusciter l’animal qui alors reprend vie et part de son côté. La Loba représente l’archétype féminin de la connaissance en la vie et la connaissance en la mort. 

“Cette ancienne, La Vieille Qui Sait, nous la portons en nous. Elle s’épanouit au plus profond de l’âme-psyché des femmes. Elle habite cet espace du temps où l’âme du loup et celle de la femme se recontrent, où l’esprit et l’instinct se mêlent, où la vie profonde assoit la vie de ce monde. C’est le point où s’embrassent et se rejoignent le “je” et le “Tu”, l’endroit où, en esprit, les femmes courent avec les loups.”

En re-définissant leurs croyances, leurs façons de vivre et leur rapport à la nature et aux cycles naturels, ces personnes se rapprochent du symbole que représente La Loba. Ces mouvements, pour ainsi dire, ont pour but de nous rappeler de ce que nous sommes, de ce que nous avons oublié. 

Brad Teare, Women Who Run with the Wolves, gravure sur bois.

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