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“L’Archiviste” de Celia Perrin Sidarous – Marie-Hélène Durocher

L’exposition L’Archiviste se présente, à première vue, comme un véritable collage à même les murs du musée McCord, où se côtoient objets et images tirés de la collection du musée et de la collection personnelle de l’artiste. Mais il en est bien plus, Celia Perrin Sidarous y met efficacement en relation l’Histoire et les histoires, l’historique et l’anodin. Elle agence les artefacts du lieu qui l’accueille et les œuvres qu’elle a réalisées dans une exposition qui s’intéresse à la pratique de l’archivage. Le lieu de l’exposition est déjà significatif ; celle-ci est présentée au troisième étage du musée d’histoire, où l’on retrouve le Centre d’archives et de documentation. L’artiste crée un rapprochement entre images et objets par leurs formes, leurs motifs. Son travail n’est pas sans rappeler celui de Warburg et son Atlas Mnemosyne, comme l’avait déjà fait remarquer Nicolas Mavrikakis le 21 septembre dernier dans Le Devoir. Perrin Sidarous s’intéresse elle aussi à la mémoire et à la charge transhistorique et transculturelle des images. Les liens qu’elle dévoile ne se retrouvent pas que dans une œuvre, mais dans l’ensemble de l’exposition. La main gantée dévoile sur un mur le motif d’un tissu pailleté et, sur un autre, elle nous intrigue en effleurant les panneaux d’un store sans toutefois nous laisser entrevoir ce qui se déroule derrière celui-ci. Cette continuité entre les œuvres s’observe aussi par une photographie agrandie sectionnée de manière à débuter sur un mur pour se poursuivre seulement sur le mur adjacent. Encore, un rideau plissé accroché sur un mur refuse de dévoiler son motif, le rendant insaisissable. Sur le mur suivant, notre regard est d’abord interpellé par la photographie d’un second rideau. On retrouve, dans cette exposition présentée dans le cadre de la Biennale de l’image Momenta, de nombreux motifs qui se répondent ; que ce soit par les courbes similaires qui rapprochent deux formes, ou par un même sujet qui se répète, un doigt caché ici, une main présentée là. Le vase ponctue également l’exposition, parfois en photographie, parfois placé derrière une vitrine. Dans l’exposition commissariée par María Wills Londoño, en collaboration avec Audrey Genois et Maude Johnson, on s’intéresse à la matérialité même de l’objet. Son matériau est récurrent ; le verre, la céramique, le sédiment. C’est du 6 septembre 2019 au 12 janvier 2020 que Celia Perrin Sidarous nous offre son exposition sensible qui a un certain caractère de l’intime ; entre autres par les plans rapprochés des photographies agrandies, la présentation d’objets délicats, et la (re)présentation de ce qui relève du quotidien. La petitesse des objets ou la grandeur des photographies nous amène à porter un regard nouveau sur l’image. Cet intérêt souligné que l’on apporte aux objets de la quotidienneté leur confère même une certaine sacralité. On observe l’anodin de près, tout en s’y trouvant étrangement éloignés ; il est perché derrière une vitrine aux côtés d’objets historiques.

Le travail de Celia Perrin Sidarous s’inscrit avec brio dans cette 16e édition de Momenta, La vie des choses. L’exposition thématique de la Biennale nous invite à réfléchir sur le glissement de l’objet passif vers un objet possédant une certaine agentivité, considération que l’on retrouve à coup sûr dans l’exposition de Perrin Sidarous. La sacralité conférée aux objets grâce aux manipulations de l’artiste peut renvoyer, dans cette situation, à la charge transhistorique portée par les images à laquelle s’intéressent Perrin Sidarous tout comme Warburg. Grâce à celle-ci, l’objet perdure dans le temps, c’est ce que nous indique le volet « Objet culturel ou culture matérielle » de La vie des choses. S’ils sont donc « porteurs de mémoire », ils ont bien plus qu’une fonction utilitaire ou décorative ; ils possèdent une agentivité. L’Archiviste sous-tend que l’objet, de la même manière que l’image, dialogue avec différentes époques et nous transmet des récits. Si l’exposition présentée au Musée McCord est loin d’être la seule exposition de cette édition de la Biennale de l’image à avoir rempli avec efficacité l’ambition de proposer une réflexion significative sur les choses qui nous entourent, elle s’impose néanmoins comme un incontournable.

Celia Perrin Sidarous, L’Archiviste au Musée McCord, vue de l’exposition. À l’avant : Volute, 2019, Photographie, épreuve au jet d’encre sur papier mat, 101.6 x 129.7 cm. À l’arrière : Castello di Rivoli, Torino et Via Fondazza 36, Bologna, 2018-2019, Photographie, épreuve au solvent sur vinyle adhésif, 189.2 x 614.7 cm. Photo : Marilyn Aitken – Musée McCord Museum.


Vous pouvez retrouver Marie-Helene Durocher sur son Instagram.

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