Sur l’écriture et le corps by Léa-Maude Charbonneau
February 21st, 2026
Il est futile d'ignorer la physicalité de la littérature. Le corps, je veux dire. Le texte se fige en matériel tangible, qui se tient alors dans nos mains. Créée par des mains. La littérature n’est pas du domaine de la parole, mais bien du domaine du manuel. Mes longs doigts pointus, squelettiques, en contraste avec mon corps, traînent fluidement sur mon carnet, mon clavier. La littérature est une texture. Tout vit en nous et nous donne des sentiments physiques. Chaque réaction à ce qu’on écrit ou lit a son propre dialogue. Un arrangement de pensées qui vivent leurs propres émotions mouillées, rudes, douces. Un agencement d’armatures de pensées pour former une autre pensée complète.
Le physique est indéniable dans la littérature. Le corps prend possession de tout. Ce que j’écris, je l’écris dans un contexte. Chaque mot, chaque pensée ou idée s’inscrit dans un moment de ma vie, et non dans un autre. Chaque décision que je fais crée une instance dans mon corps, une émotion, qui influence les mots que je choisis. La même idée, je la penserais différemment au milieu de la nuit plutôt qu’au creux du jour.
Tout ce que je fais, je le fais car mon corps me le permet. Il a le contrôle, il existe. Alors je peux exister à mon tour. Être écrivain·e est avoir un corps qui a, au moins une fois, écrit. Qui a connu l’acte d’écriture. Je parle d’un acte d’écriture au-delà de la vie ordinaire. Je parle de l’acte de l’écorchement identitaire, spirituel et physique qu’est l’écriture. D’avoir connu la famine et l'inappétence littéraire. L’acte d’écriture permet de traverser le chemin de la lisière de son être. C’est un acte d’autogenèse.
Je ne m’écris pas. Plutôt, je suis ce que j’écris. Je le deviens. Le mensonge n’est pas plus faux que la vérité, lorsqu’il est mis en mots. Je ne suis pas plus vrai·e que ce que j’écris. Je ne suis pas plus vrai·e que ce que je n’écris pas, non plus. J’existe entre les lignes.
Ce n’est pas simplement l’esprit, ni simplement le corps qui nous définissent, mais ce qu’on fait au seuil de leur rencontre. C’est l’action. L’expression. L’écriture. Je ne suis jamais autant moi que lorsque j’écris. Je ne suis jamais autant loin de moi-même en même temps. C’est à cette lisière que je peux réellement comprendre qui je suis. Je sais qui je suis parce que j’écris. Je me retrouve à chaque fois que j’écris.
L’écriture est le dialogue entre le corps et l’esprit. Ce dialogue tait tout sur son passage.
Le silence l’emporte en écriture. Tout ce qui est sœur de la solitude. Le retour à soi. Soi sans l’autre. Qui l’emporte sur le soi ? Le corps ou l’esprit? Mon individualité se crée par le regard des autres qui savent me différencier d’eux. Ma pensée, elle, ne se reconnaît pas dans l’autre.
Aujourd’hui
J’espère ne voir personne au loin
Car seule leur perception de moi prouve mon existence
Et seule cette incertitude de mon être
Me permet de respirer
Quand j’écris et que l’inspiration me manque, je fume une cigarette. Fumer me rappelle toujours la destruction de mon corps. Je peux détruire mon corps. Sûrement que ce sentiment est un rappel, un signe que je n’ai pas l’éternité pour écrire. L’écriture fonctionne comme la vie, n’est-ce pas? Elle prend fin quand le corps le dicte. La vie fait de même. Tout ce que je fais, je le fais car mon corps me le permet. Il a le contrôle. Il existe. Alors je peux exister à mon tour. Je peux écrire. Je peux me taire. Je peux vivre. Je peux mourir.
La mort est certainement la seule certitude qui nous est promise. La vie ne l’est pas. Elle nous est donnée, mais non promise. On peut la gaspiller et attendre l’accomplissement de la promesse de la mort. On apprend la mort jeune, et on l’attend. Tranquillement. Nous sommes rempli·es de pensées et de sentiments, avides de gestion, à chercher comment les concrétiser, ou les valider, avant qu’elles disparaissent. Car ils ne sont pas éternels. L’écriture sert alors à l'immortalisation, à combattre cet instinct humain d’effacement. L’art est un désaveu à notre humanité. L’écriture est la désobéissance et l’échappatoire de la condition humaine. C’est une rébellion.
Le corps immortel ne pourrait pas se rebeller au nom de ce qui lui est déjà acquis. Il serait alors incapable de créer, car l’écriture est un acte d’opposition au corps mortel. C’est un outil possible uniquement pour celleux qui n’auront jamais le temps nécessaire pour échapper à la mort. Écris à la main, je me dis, ça prendra plus de temps. La création est l’antithèse de la destruction. C’est une protection. L’art est la première prière que j’ai chuchotée dans mon lit de jeune fille, lorsque j’ai appris la mort.
L’art est à genoux, au pied du monde.
Et le corps l’emporte sur l’esprit.
Je sais écrire car je suis malade. Mon corps décline, mon corps m’attaque. Seuls les mots immortalisent l’instant avant la dégradation. Je m’avilis, mais j’ai écrit. Chaque mot m’élève de ma douleur chronique. Au pire de ma souffrance, mon corps me laisse seulement écrire. La douleur s’oublie dans l’instant littéraire. Jusqu’à ce qu’elle l’emporte, inévitablement.
J’écris pour oublier.
Je suis ce qui viendra
Une fois le vent passé.
Le physique est indéniable dans la littérature. Le corps prend possession de tout. Ce que j’écris, je l’écris dans un contexte. Chaque mot, chaque pensée ou idée s’inscrit dans un moment de ma vie, et non dans un autre. Chaque décision que je fais crée une instance dans mon corps, une émotion, qui influence les mots que je choisis. La même idée, je la penserais différemment au milieu de la nuit plutôt qu’au creux du jour.
Tout ce que je fais, je le fais car mon corps me le permet. Il a le contrôle, il existe. Alors je peux exister à mon tour. Être écrivain·e est avoir un corps qui a, au moins une fois, écrit. Qui a connu l’acte d’écriture. Je parle d’un acte d’écriture au-delà de la vie ordinaire. Je parle de l’acte de l’écorchement identitaire, spirituel et physique qu’est l’écriture. D’avoir connu la famine et l'inappétence littéraire. L’acte d’écriture permet de traverser le chemin de la lisière de son être. C’est un acte d’autogenèse.
Je ne m’écris pas. Plutôt, je suis ce que j’écris. Je le deviens. Le mensonge n’est pas plus faux que la vérité, lorsqu’il est mis en mots. Je ne suis pas plus vrai·e que ce que j’écris. Je ne suis pas plus vrai·e que ce que je n’écris pas, non plus. J’existe entre les lignes.
Ce n’est pas simplement l’esprit, ni simplement le corps qui nous définissent, mais ce qu’on fait au seuil de leur rencontre. C’est l’action. L’expression. L’écriture. Je ne suis jamais autant moi que lorsque j’écris. Je ne suis jamais autant loin de moi-même en même temps. C’est à cette lisière que je peux réellement comprendre qui je suis. Je sais qui je suis parce que j’écris. Je me retrouve à chaque fois que j’écris.
L’écriture est le dialogue entre le corps et l’esprit. Ce dialogue tait tout sur son passage.
Le silence l’emporte en écriture. Tout ce qui est sœur de la solitude. Le retour à soi. Soi sans l’autre. Qui l’emporte sur le soi ? Le corps ou l’esprit? Mon individualité se crée par le regard des autres qui savent me différencier d’eux. Ma pensée, elle, ne se reconnaît pas dans l’autre.
Aujourd’hui
J’espère ne voir personne au loin
Car seule leur perception de moi prouve mon existence
Et seule cette incertitude de mon être
Me permet de respirer
Quand j’écris et que l’inspiration me manque, je fume une cigarette. Fumer me rappelle toujours la destruction de mon corps. Je peux détruire mon corps. Sûrement que ce sentiment est un rappel, un signe que je n’ai pas l’éternité pour écrire. L’écriture fonctionne comme la vie, n’est-ce pas? Elle prend fin quand le corps le dicte. La vie fait de même. Tout ce que je fais, je le fais car mon corps me le permet. Il a le contrôle. Il existe. Alors je peux exister à mon tour. Je peux écrire. Je peux me taire. Je peux vivre. Je peux mourir.
La mort est certainement la seule certitude qui nous est promise. La vie ne l’est pas. Elle nous est donnée, mais non promise. On peut la gaspiller et attendre l’accomplissement de la promesse de la mort. On apprend la mort jeune, et on l’attend. Tranquillement. Nous sommes rempli·es de pensées et de sentiments, avides de gestion, à chercher comment les concrétiser, ou les valider, avant qu’elles disparaissent. Car ils ne sont pas éternels. L’écriture sert alors à l'immortalisation, à combattre cet instinct humain d’effacement. L’art est un désaveu à notre humanité. L’écriture est la désobéissance et l’échappatoire de la condition humaine. C’est une rébellion.
Le corps immortel ne pourrait pas se rebeller au nom de ce qui lui est déjà acquis. Il serait alors incapable de créer, car l’écriture est un acte d’opposition au corps mortel. C’est un outil possible uniquement pour celleux qui n’auront jamais le temps nécessaire pour échapper à la mort. Écris à la main, je me dis, ça prendra plus de temps. La création est l’antithèse de la destruction. C’est une protection. L’art est la première prière que j’ai chuchotée dans mon lit de jeune fille, lorsque j’ai appris la mort.
L’art est à genoux, au pied du monde.
Et le corps l’emporte sur l’esprit.
Je sais écrire car je suis malade. Mon corps décline, mon corps m’attaque. Seuls les mots immortalisent l’instant avant la dégradation. Je m’avilis, mais j’ai écrit. Chaque mot m’élève de ma douleur chronique. Au pire de ma souffrance, mon corps me laisse seulement écrire. La douleur s’oublie dans l’instant littéraire. Jusqu’à ce qu’elle l’emporte, inévitablement.
J’écris pour oublier.
Je suis ce qui viendra
Une fois le vent passé.